Quand le Bistro fait expo

 

tableau riouIls étaient 400 en 1920, 260 en 1956 et seulement quelques dizaines aujourd’hui. Les cafés de marins ont marqué le paysage urbain, comme la mémoire collective des Douarnenistes. C’est donc sur un mode de muséologie participative que le Port-musée a construit sa nouvelle exposition intitulée Bistro, à découvrir à partir du 6 avril.

Dès 2015, Kelig-Yann Cotto, conservateur du Port-musée, s’est tourné vers l’association Emglev Bro Douarnenez, engagée au service de la langue et de la culture bretonnes, pour bâtir le projet “Marins à l’ancre”, dont l’exposition est l'une des restitutions. Ce projet a obtenu le soutien du Conseil Régional, au titre du dispositif “Héritages littoraux”.

Des bénévoles à la manoeuvre

Une groupe de bénévoles s’est constitué, coordonné par Olivier Dussauze, membre de Emglev Bro Douarnenez, avec l’objectif de collecter les récits d’anciens marins et patronnes sur la vie dans les cafés. Maryvonne a fait partie des acteurs du projet : “J’ai eu un intérêt immédiat pour le sujet, de par mon histoire familiale - ma grand-mère et ma grand-tante, veuves de guerre, tenaient des Bistros à Pont-de-Buis. Autrefois, le bistrot rythmait la vie des marins, comme celle des ouvriers.mme chorlay

Pour assister les bénévoles, des “pros”, les ethnologues Stéphanie Brulé-Josso et Denis Biget ont donné quelques clés sur le collectage de mémoire lors de journées de formation. Des réunions régulières ont rythmé le projet et ont permis de garder la motivation intacte. “Le Port-musée et Emglev nous ont laissé beaucoup de liberté. Ils nous ont fait confiance, tout en restant disponibles.”

 

Un fait social majeur
expo bistro

Pour Kelig-Yann Cotto, “le bistrot était beaucoup plus qu’un lieu de convivialité et de consommation d’alcool entre marins, c’était un fait social majeur, une institution liée à l’économie de la pêche, aux marins, aux équipages. Nous savions par les statistiques que le sujet était énorme, et pour l’appréhender dans sa dimension humaine, il fallait mobiliser un réseau d’enquêteurs. L’expo Bistro est le fruit de cette enquête. Son discours et son articulation ont été construits pas à pas avec les bénévoles, qui ont assuré le rôle de comité scientifique. Des extraits sonores et vidéo issus du collectage y sont diffusés, ainsi que quelques objets sortis des greniers pour l’occasion : photographies de bistrotières, verres anciens « quarts », étiquettes de bouteilles...

L’ecole de pêche, l’autre axe du projet Marins à l’ancre

Outre le collectage sur la mémoire des cafés de marins, le projet comporte un autre volet d’étude, celui de la formation des marins, basé sur les archives de l’école de pêche de Douarnenez. Des bénévoles exploitent ces documents minutieusement, et un ouvrage À Douarnenez, faut savoir naviguer sera publié à l’automne 2019.

---

A NOTER

La démarche-même fait l'objet de trois publications scientifiques :
- l'une par le sociologue Claude Le Gouil, dans une revue d'ethnologie
- une autre dans les "cahiers de l'OCIM", revue de muséologie de référence en France
- une troisième dans les actes de la journée ICOM-France (ICOM : International Council Of Museums) consacré aux droits culturels.